Le mercredi 30 septembre 2026 au matin, des confrontations opposent lycéens et policiers devant le lycée Balzac, à Tours. Un jeune, le visage en sang, est pris en charge par les pompiers rue d’Entraigues, puis évacué aux urgences et opéré dans l’après-midi (France 3). Sur place, des lycéens mettent en cause un tir de LBD.
Le même jour, la procureure de la République de Tours annonce avoir saisi l’IGPN, puis indique que les lésions à l’œil sont « compatibles avec l’impact d’une balle de défense de type LBD » (France 3, TF1 Info). Le directeur de cabinet du préfet d’Indre-et-Loire invite à la prudence et annonce des vérifications à partir des caméras-piétons et des témoignages. Selon la préfecture, citée par TF1 Info, le jeune a été pris en charge alors que les forces de l’ordre, intervenues avec les pompiers pour mettre fin à plusieurs incendies, étaient prises à partie, notamment par des jets de projectiles.
Le 2 octobre, la procureure confirme à l’AFP que le lycéen a perdu l’usage de son œil droit (AFP, 03/10). Orange, d’après BFMTV, écrit qu’il a « définitivement » perdu l’usage de cet œil ; l’AFP rapporte seulement qu’il a perdu l’usage de l’œil droit. La procureure ne dit pas, à cette date et dans les propos rapportés, quel tireur ni quel projectile : elle parle de lésions « compatibles » avec l’impact d’une balle de LBD. Amnesty International France (02/10) reprend ces éléments et demande depuis des années la suspension du LBD en manifestation (position de l’organisation).
Suites
Les parents du lycéen portent plainte pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » : le parquet de Tours l’a annoncé le dimanche 4 octobre au soir (franceinfo avec AFP, 05/10, 06 h 54) ; le lycéen et sa mère ont été entendus par l’IGPN, dont l’enquête se poursuit (France 3, franceinfo, 05/10). Au 5 octobre, aucune mise en cause d’un policier identifié ni information judiciaire n’était mentionnée dans les articles lus (état au 13 octobre : voir plus bas). La mairie de Tours a appelé au calme en jugeant inacceptables les jets de projectiles et de mortiers contre les forces de l’ordre, tout en demandant des explications sur les conditions d’emploi de la force (France 3). Le ministère de l’Intérieur indique le 5 octobre au soir que dix enquêtes ont été confiées à l’IGPN depuis le début du mouvement ; cinq d’entre elles, annoncées le vendredi précédent, portaient notamment sur des faits commis à Tours (ICI, Radio France) ; le même jour, la famille du lycéen dit qu’il « est toujours hospitalisé » et qu’il va « pour le mieux compte tenu des circonstances » (ICI).
Le 13 octobre, quatre policiers sont entendus en garde à vue à Tours par l’IGPN ; la procureure ouvre en fin de journée une information judiciaire et requiert la désignation de plusieurs juges d’instruction (communiqué de la procureure, Actu17). Les deux policiers qui ont fait usage d’un LBD sont présentés aux juges d’instruction en vue d’une mise en examen pour violences aggravées : le policier à l’origine du premier tir est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de porter et de détenir un LBD ; le second est placé sous le statut de témoin assisté. Selon la procureure, ce cadre permet à la famille de la victime de se constituer partie civile et à toutes les parties d’accéder à la procédure ; les investigations se poursuivent sur commission rogatoire (communiqué).
Ce que le communiqué dit de l’enquête à ce stade : le médecin légiste, qui a examiné le lycéen dans les heures suivantes, décrit un traumatisme contondant de l’œil droit « à haute énergie cinétique », compatible avec l’impact d’une balle de LBD, une incapacité totale de travail évaluée à 30 jours « sous réserve de complications ultérieures » et, « après consolidation, infirmité permanente ». Les premières rumeurs d’une blessure contre un mur ou l’horodateur ne sont pas retenues : « aucune trace de sang n’était découverte ni sur le mur, ni sur l’horodateur ». L’exploitation des dix caméras-piétons montre que deux tirs de LBD ont été réalisés à une minute d’intervalle par deux policiers différents ; les actes d’enquête « mettent en évidence la concomitance du 1er tir de LBD et la blessure occasionnée à l’œil » et « révèlent également des interrogations persistantes sur le respect des conditions imposées par la loi d’absolue nécessité et de stricte proportion pour faire usage des LBD ».
Version de la défense : l’avocate du policier mis en examen dit à franceinfo, le 14 octobre, qu’« il n’est pas établi à ce stade des investigations que les blessures du jeune homme aient été occasionnées par un tir de LBD ». Selon elle, son client a fait usage de son LBD « à une reprise » en visant un individu qui lançait un projectile dans sa direction, et il dit avoir clairement vu l’impact de sa balle sur le flanc de cet individu, qui n’est pas le lycéen blessé ; elle affirme que les vidéos des caméras-piétons corroborent ce point. Version de la victime : l’avocat du lycéen dit sur France Inter, le 14 octobre, que « on n’était pas dans un contexte d’affrontements ou de violences urbaines », que la famille n’a « pas vraiment de colère, de ressentiment ou de haine vis-à-vis du policier qui aurait tiré » et que « on est sur une infirmité permanente » ; franceinfo ajoute que le lycéen va mieux mais reste hospitalisé sous surveillance (franceinfo). Les deux versions s’écrivent : la procureure parle de « concomitance » du premier tir et de la blessure, la défense conteste à ce stade le lien avec le tir de son client. Les policiers mis en examen ou placés sous le statut de témoin assisté sont présumés innocents.
