Le samedi 17 octobre 2026, l’Union syndicale des lycéens avait appelé, comme plusieurs organisations, à rejoindre ce jour-là la « grande manifestation » des « gilets jaunes » (dépêche AFP du 14 octobre, reprise par Sud Radio). À Strasbourg, 15 000 personnes selon la préfecture et 20 000 à 35 000 selon les syndicats défilent dans cette journée de mobilisation « contre la vie chère » (Rue89 Strasbourg). Selon Rue89 Strasbourg, un détachement d’une compagnie de sécurisation et d’intervention lance des grenades lacrymogènes sur le cortège, qui est scindé ; une « bataille rangée » s’amorce autour d’un pont entre des manifestants organisés en black bloc et des policiers, que Rue89 décrit comme dépassés. La préfecture, qui dit que des casseurs ont commis de nombreux actes de violence et de dégradations dans l’après-midi, compte 27 policiers blessés dans la journée, dont un « victime d’un traumatisme crânien à la suite d’un tir de mortier » (Rue89 Strasbourg, ICI, DNA). Le direct des DNA écrit à 15 h 15 que, selon son journaliste sur place, « les policiers ont fait usage de LBD (Lanceur de balles de défense), rue de la Première Armée » et, à 17 h 42, que des gaz lacrymogènes ont été tirés notamment dans le secteur du Pont du Corbeau ; à 18 h 27, un secrétaire départemental du syndicat Unsa Police 67 y déclare que « la réponse policière est vraiment très professionnelle, sans excès de violence » et qu’il n’a « pas entendu parler de manifestants blessés ».
Vers 18 h, « non loin du pont du Corbeau où des heurts viennent d’éclater », un petit groupe de manifestants se réfugie place de la Grande-Boucherie pour échapper aux gaz lacrymogènes (France 3, ICI). Un témoin cité par ICI raconte : « pendant que les manifestants aidaient les commerçants à ranger les tables et les chaises, les CRS sont arrivés, c’est à ce moment-là, qu’il y a eu un tir ». ICI situe les faits « à la suite d’une charge policière ». Un homme s’effondre. Une manifestante dit à ICI : « Ils ont lancé un tir en plein dans son visage, quasiment à bout portant, un tir de LBD, ça l’a touché au niveau de l’œil droit, c’était au niveau de l’arcade surtout […]. Il était tout seul, il n’avait rien dans les mains. » ICI écrit que l’homme est évacué à l’hôpital par les sapeurs-pompiers.
L’étudiant cité par France 3 dit avoir entendu le tir, puis quelqu’un crier « il a perdu un œil » ; sur la vidéo qu’il tourne ensuite, on entend des personnes présentes dire « Il se l’est pris à bout portant, à 5 mètres ». Il précise ne pas avoir vu partir le projectile et ne pas pouvoir affirmer qu’il s’agissait d’un tir de LBD de la police. Un apprenti journaliste présent affirme à France 3 qu’« il ne pouvait pas s’agir d’un projectile lancé par d’autres manifestants », que « les témoins ayant assisté à la scène parlaient d’un tir tendu, presque à bout portant » et que plusieurs personnes attestaient que la victime « n’était pas un manifestant, mais un simple passant ». Des secouristes de rue (« street medics ») lui maintiennent une compresse sur l’œil droit, « sous les yeux de quelques CRS postés à quelques mètres » (France 3) ; l’une d’elles dit à ICI qu’il était « presque inconscient ». France 3 écrit que la victime est prise en charge par les secours « une quinzaine de minutes après l’accident » ; l’étudiant dit que les pompiers ne pouvaient pas passer à cause d’un « mur de CRS » (« On ne comprenait pas pourquoi ils ne les laissaient pas passer ») ; aucune autorité ne confirme ce point.
La préfecture du Bas-Rhin écrit, dans son bilan provisoire : « 17 personnes ont subi des blessures de différentes intensités. […] Un jeune homme de 27 ans a été blessé à l’œil droit » (ICI). Rue89 Strasbourg écrit qu’elle « ne communique pas la proportion de blessures infligées par les armes des policiers eux-mêmes » et parle d’un homme « sérieusement blessé à l’œil droit vraisemblablement par un tir de balle en caoutchouc ». France 3 et ICI titrent sur une blessure grave ; L’Alsace titre sur un homme « gravement blessé à l’œil » et parle d’« un tir des forces de l’ordre vers un groupe de manifestants ». La gravité retenue (« Blessure grave ») vient de ces articles, du récit de la secouriste de rue (« presque inconscient ») et de l’évacuation à l’hôpital ; aucun constat médical n’est rapporté. La perte de l’œil, évoquée par un cri que l’étudiant dit avoir entendu, n’est confirmée par aucune source : elle n’est pas retenue.
Un représentant du syndicat Unité Police du Bas-Rhin, cité par France 3, confirme un tir policier de LBD et l’explique par les économies faites sur les cartouches : « nous devons faire au jugé. Donc, on ne vise pas la tête, on cible une personne dans tout son ensemble, et ça peut toucher la tête. » Rue89 Strasbourg, qui parle d’un « probable tir de LBD », le cite sur la qualité des armes : « Sur un tir à 25 mètres, ce n’est plus un tir précis mais un tir au jugé. » Aucune enquête ni aucune plainte relative à ce tir n’est rapportée au 2026-10-19 dans les sources lues.