Le jeudi 8 octobre 2026 au soir, un compte X publie une vidéo d’environ une minute quarante, filmée depuis une voiture sous la pluie, avec le texte incrusté « Mat la folie il a rien fait ». Elle a été vue plus d’un million de fois et relayée le lendemain matin par un avocat, qui commente : « Si c’est pas filmé c’est gav, comparution immédiate, condamnation ». Le même matin, le député Antoine Léaument (La France insoumise) la relaie à son tour : « Filmez la police ! Cela permet souvent d’innocenter des jeunes gens placés en garde-à-vue sans raison et envoyés devant les tribunaux sur la base de fausses accusations policières. »
La vidéo montre trois jeunes debout sur un trottoir, face à des policiers casqués ; l’un des policiers tient un lanceur. L’un des jeunes parle aux policiers en levant les deux mains, paumes ouvertes, puis les baisse, se retourne et s’éloigne de quelques pas. Environ deux secondes plus tard, un policier arrive en courant, le saisit par le haut du corps et le tire vers d’autres policiers, qui l’emmènent ; l’image ne permet pas de voir nettement où porte la prise. La personne qui filme répète qu’il a « juste demandé s’il pouvait passer », lance au policier « pourquoi tu l’as attrapé par le cou », puis suit le groupe en voiture en disant aller au commissariat. La fin de la vidéo montre une dizaine de policiers sur un pont, puis un carrefour au bord de l’eau, au pied de la coupole de la Grande Mosquée de Strasbourg, à environ 250 mètres du lycée Louis-Pasteur. Aucun coup n’est visible sur la vidéo.
Ce matin-là, selon la préfecture du Bas-Rhin citée par France 3 Grand Est et les DNA, des tirs de mortiers et des jets de pétards ont eu lieu aux abords du lycée Louis-Pasteur, des élèves ont été dispersés par les forces de l’ordre et six personnes ont été interpellées. Les DNA rapportent, à 11 h 01, cinq interpellations au lycée Pasteur « pour violences envers les forces de l’ordre », puis, à 11 h 30, un rassemblement de 120 jeunes devant le commissariat de Strasbourg aux cris de « Libérez nos camarades ! » ; l’un d’eux dit aux DNA : « Un élève a été étranglé ». ICI Alsace écrit qu’après les actions de la matinée, la députée Sandra Regol a diffusé la vidéo d’une interpellation où « on y voit un policier tirer un jeune en arrière en l’attrapant par le cou ». Aucun de ces articles du 8 octobre ne dit que la scène qu’il décrit est celle de cette vidéo ; les articles publiés du 10 au 16 octobre, résumés ci-dessous, l’identifient.
Suites
Du 10 au 16 octobre, la presse identifie la scène. Pokaa (10 octobre) recueille sa mère : son fils, un lycéen de 15 ans, veut rentrer chez lui à pied par le quai Pasteur ; il demande à un policier s’il a le droit de passer, puis deux agents arrivent par derrière et l’un l’attrape par le cou et le traîne en arrière sur plusieurs mètres (récit de la mère). Les DNA (13 octobre) donnent la même séquence d’après son avocat : des policiers casqués font barrage, le lycéen leur demande « poliment » son chemin, un policier surgit derrière lui, le saisit par le cou et le tire sur une dizaine de mètres. France 3 Grand Est (14 octobre) écrit : « Nous sommes le 8 octobre près du lycée Pasteur », sous le tweet de la vidéo de cette fiche ; ICI Alsace (16 octobre) situe la scène « quai Pasteur ».
Il est placé en garde à vue le jour même, puis relâché (DNA). Sa mère dit à Pokaa qu’il n’a pas été examiné par un médecin pendant la garde à vue, alors que l’examen est obligatoire pour un mineur de moins de seize ans, et qu’un médecin consulté le lendemain a constaté « une douleur cervicale gauche » et « un œdème au niveau de la jugulaire ». Son avocat parle d’un œdème jugulaire (France 3 Grand Est).
Ce qui lui est reproché : selon Pokaa, qui ne cite pas sa source, uniquement sa présence et le fait d’avoir eu, à un moment, le visage dissimulé ; l’adolescent dit avoir été confondu avec une autre personne (version de l’adolescent rapportée par Pokaa). Sur l’une des vidéos, un policier répond à un passant qui lui dit avoir filmé : « On a une vidéo de ce qu’il a fait avant ! » (Pokaa). La police nationale du Bas-Rhin avait annoncé le 8 octobre des interpellations dans le secteur Louis-Pasteur « suite à des dégradations et des tirs de mortier sur les fonctionnaires de police » (Pokaa). Alliance dit à ICI Alsace : « On était quand même sur des barricades en feu au lycée Pasteur, sur des tirs de mortier. Cet individu-là a été reconnu formellement comme étant juste avant dans cet attroupement », et son collègue « n’a pas procédé à un étranglement, il a simplement procédé à l’extraction d’un individu dans une foule hostile ». La direction interdépartementale de la police nationale dit à Pokaa que la méthode d’interpellation « n’appelle pas de commentaire de [sa] part ».
Procédures : la députée Sandra Regol signale les faits à la procureure de la République de Strasbourg le vendredi 9 octobre au soir (Pokaa). Le 13 octobre, l’avocat de la famille annonce un signalement à l’IGPN et une plainte au parquet pour violence aggravée (personne dépositaire de l’autorité publique, en réunion) ; il dit avoir eu confirmation, par la cellule déontologique de la direction interdépartementale de la police nationale, qu’« une enquête est déjà diligentée sur instruction du parquet » (DNA). France 3 Grand Est écrit le 14 octobre que le parquet de Strasbourg a ouvert une enquête après la diffusion de la vidéo et qu’un signalement a été déposé sur la plateforme de l’IGPN. Les sources ne s’accordent pas sur l’objet de l’enquête du parquet : Pokaa rapporte que, selon la direction interdépartementale, elle porte sur « les faits reprochés au lycéen » ; ICI Alsace écrit le 16 octobre que deux enquêtes sont en cours « pour déterminer si le policier a agi selon les règles », l’une menée par l’IGPN, l’autre ouverte par le parquet de Strasbourg, et que la famille porte plainte « ce vendredi 16 octobre » pour violences aggravées.
Où porte exactement la prise du policier (au cou selon la personne qui filme, l’avocat, les DNA et France 3) n’est pas visible nettement sur la vidéo ; le motif exact de l’interpellation n’est pas établi par une autorité dans les sources lues.
