Le lundi 28 septembre 2026 vers 10 h 30, devant le lycée professionnel Château d’Épluches, bloqué ce jour-là, un lycéen de 14 ans fait face à trois policiers. Une vidéo filmée par des témoins, vue des centaines de milliers de fois, montre la séquence : selon France 3 et Actu17, une policière lui donne un coup de tonfa (matraque rigide), puis un autre policier tire sur lui ; la scène commence par un geste du lycéen envers la policière, décrit dans l’affaire liée. Le projectile l’atteint au visage (Actu17 : « en plein visage » ; France 3 : à la mâchoire) et il s’effondre.
Les sources ne s’accordent pas sur l’arme : France 3 parle d’un tir de lance-grenades (et note que le Cougar ne s’utilise pas à bout portant), 20 Minutes d’un tir de LBD, Actu17 d’un tir de lanceur Cougar, terme que le procureur emploie lui-même dans sa déclaration. L’avocate de la famille parle d’un LBD dans ses propos rapportés par franceinfo le 2 octobre, puis d’un « lanceur de grenade lacrymogène » dans son communiqué du 3 octobre (franceinfo). La fiche ne tranche pas. Selon l’avocate de la famille citée par 20 Minutes, le lycéen souffre d’une double fracture de la mâchoire et a « toutes les dents cassées en haut et un bon nombre de dents cassées en bas ». Selon la mère, interrogée par Le Parisien et citée par 20 Minutes, son fils était assis tranquillement avant l’intervention des policiers et elle a déposé plainte.
Le 29 septembre, franceinfo indique qu’une vidéo de la scène a été authentifiée par France Télévisions ; Amnesty International France, le 2 octobre, parle d’une vidéo authentifiée par Le Monde et estime qu’au vu de ces images aucune des règles d’emploi de la force n’a été respectée par le policier (appréciation d’une organisation de défense des droits, qui n’est pas une constatation judiciaire). Selon Le Parisien, cité par franceinfo, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène avant la scène. Dans un communiqué cité par franceinfo, des professeurs du lycée écrivent qu’à 10 h 30 « la situation a dégénéré du fait d’une réaction disproportionnée des forces de l’ordre » et que le lycéen a été « pris à partie par plusieurs agents, lui assénant des coups répétés » avant d’être touché par un projectile « tiré à bout portant ». Le Nouvel Obs (01/10) décrit, lui, un tir déclenché par la policière, alors que le parquet de Pontoise et la description de la vidéo par franceinfo parlent d’un second policier : cette divergence n’est pas tranchée.
Version du parquet, citée par Actu17 (qui indique aussi que le lycéen a été transporté à l’hôpital de Pontoise avec des dents cassées) : le procureur de la République de Pontoise indique que, d’après les premiers éléments et l’exploitation des images, le mineur tombait à terre et un second policier faisait usage du lanceur (ce que le parquet dit du comportement du mineur avant sa chute figure dans l’affaire liée). Un professeur présent à une dizaine de mètres, cité par France 3, juge la réaction de la police disproportionnée.
Suites
Une enquête de flagrance est confiée à l’IGPN pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique avec usage d’une arme (Actu17, 20 Minutes) ; la seconde enquête, ouverte à Cergy, relève de l’affaire liée. L’IGPN a été saisie le jour même, ce que confirme le ministre de l’Intérieur le 30 septembre (TF1 Info). Le Défenseur des droits s’est autosaisi, annoncé le 1er octobre (franceinfo avec AFP, 02/10 ; 20 Minutes) : cette autosaisine conduit à l’ouverture d’une enquête menée par cette autorité administrative indépendante. Le procureur de Pontoise a indiqué le 1er octobre au soir que « les investigations se poursuivent » (franceinfo). Dans un communiqué du 10 octobre, le Défenseur des droits écrit qu’il a décidé, le 1er octobre, « de s’autosaisir des faits survenus à Saint-Ouen-L’Aumône, où un enfant de 14 ans a été blessé au visage par un tir de grenade lacrymogène », que « les premières démarches nécessaires à l’instruction du dossier sont actuellement en cours » et qu’il a reçu 28 saisines individuelles depuis le début des mobilisations ; c’est la seule autosaisine qu’il mentionne à cette date.
Le 6 octobre, le policier auteur du tir est mis en examen pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique suivies de mutilation ou d’infirmité permanente », une qualification criminelle punie de quinze ans de réclusion selon le procureur de Pontoise, et placé sous contrôle judiciaire ; il lui est interdit d’exercer sur la voie publique (selon une source judiciaire, et non l’interdiction totale d’exercer annoncée d’abord) (Actu17, ICI). Pendant sa garde à vue, il a dit avoir tiré « face à la résistance du lycéen qui persistait à venir au contact de son groupe » et parce que le lycéen avait donné un coup de pied dans le haut de la jambe de sa collègue et tendu le bras vers son casque ; le parquet écarte la légitime défense, les conditions n’étant pas réunies en raison de « l’absence de proportionnalité de l’usage » du lanceur. Son avocate dit à Actu17 que son client a utilisé un moyen intermédiaire, non létal, en raison du danger ressenti pour sa collègue, et qu’il a dû décider « en une fraction de seconde dans un contexte particulièrement dégradé ». Selon le parquet, le lycéen souffre aussi d’une fracture de la mandibule ayant nécessité une opération ; sa mère dit qu’il s’alimente avec une paille. La famille a de son côté déposé plainte notamment pour « tentative d’homicide volontaire » et « violences volontaires avec arme commises par des personnes dépositaires de l’autorité publique sur un mineur de moins de 15 ans » ; la mise en examen, elle, porte sur les violences suivies de mutilation ou d’infirmité permanente, sans mention d’une tentative d’homicide dans les sources lues (Actu17).
Blast, dans sa vidéo du 29 septembre, donne au lycéen quinze ans et parle d’un tir de lance-grenade ; les autres sources lues, dont le communiqué de l’avocate de la famille, indiquent quatorze ans.
Le 2 octobre, selon son avocate citée par franceinfo, le lycéen est hospitalisé et doit subir « une intervention extrêmement lourde » ; elle dit qu’il se tenait « isolé » et a été « pris à partie par des policiers, qui le frappent », avant qu’un policier « lui tire dans la tête à un mètre de distance » (version de la famille ; le parquet donne une autre chronologie). Le 3 octobre, l’avocate annonce une plainte pour « tentative d’homicide volontaire » et « violences volontaires avec arme commises par des personnes dépositaires de l’autorité publique sur un mineur de moins de quinze ans » ; selon ce communiqué, le lycéen a été gravement blessé à la tête « par le tir d’un lanceur de grenade lacrymogène » ; elle précise qu’il a « la totalité des dents du haut » cassées et qu’il lui manque quatre dents en bas (franceinfo, 03/10).
